Notre Père – 1.

La seule prière que Jésus nous a enseigné

Tout d’abord : c’est quoi une prière ? La question est si vaste, qu’il vaut mieux ne pas l’aborder tout de suite. Cela nous amènerait à essayer d’identifier quelle est la nature, ou quelle est notre conception, de la relation à Dieu. Un autre vaste sujet ! Ainsi, permettez moi, d’aborder le « Notre Père », dans son contenu, et ce qu’il m’évoque.

Avant, donc, d’aborder la définition de la prière, et avant d’aborder la question de notre conception de la relation à Dieu, je voudrais dire ceci : D’après moi, et je vais tenter de le démontrer, le « Notre Père » est le condensé, le résumé de ce que Jésus nous a enseigné. Et le titre, le nom de cette prière, est le sur-condensé et le sur-résumé de ce que Jésus nous a enseigné. Et par conséquent, le « Notre Père » devrait être en mesure de répondre aux deux questionnements préalables : la définition de la prière, et la définition de la relation à Dieu.

« Notre Père ». Deux mots. « Notre » et « Père ». Si ces deux mots résument l’ensemble de l’enseignement de Jésus, comprendre leur portée et leur signification devient le but même de l’enseignement. Progresser dans cette compréhension nécessite une quête intense pour y parvenir :

Voici quelques citations – si Dieu le veut et avec son aide, je les développerai ultérieurement – dans lesquelles Jésus nous indique la nécessité de cette quête :

« Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples; vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » (Jean 8.31).
« Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent« . (Mathieu 7.13).
« Le scribe lui dit (à Jésus): Bien, maître; tu as dit avec vérité que Dieu est unique, et qu’il n’y en a point d’autre que lui, et que l’aimer de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c’est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices. Jésus, voyant qu’il avait répondu avec intelligence, lui dit: « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu ». Et personne n’osa plus lui proposer des questions » (Marc 12.28)

Être vraiment des disciples
Demeurer dans Sa Parole
Avoir de l’intelligence, pour nous rapprocher du Royaume de Dieu
Trouver la porte étroite, le chemin resserré qui conduit à la Vie
Aimer Dieu de toute sa force
Aimer son prochain comme soi-même
 Connaître la vérité, pour être libre


Il nous a parlé si souvent de « Son Père » à lui ! Tellement de fois dans les évangiles, nous lisons, provenant de la bouche de Jésus « Mon Père ». Et voilà que dans le titre même de la seule prière qu’il nous a enseigné, il nous explique que nous avons a dire, nous aussi, comme lui, « Notre » père. Si la prière qu’il nous a donné n’était pas pensée pour être dite en ecclesia, c’est à dire ensemble… (Voir ici : en grec ancien : ἐκκλησία − l’assemblée, désigne l’Assemblée du peuple citoyen).

il nous aurait demandé de dire, comme lui : « Mon père »!!

« Non pas serviteurs, mais amis » : 

Non pas serviteurs, mais frères d’un même Père !!

Afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous. Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux, et toi en moi, afin  qu’ils soient parfaitement un. (Jean 17.21).

Dans le christianisme que j’ai reçu, cette parole de Jésus, « Notre Père », ne me semble pas entendue, ni comprise. Il me semble plutôt qu’elle est interprétée comme une image, une sorte d’invitation généreuse que Jésus, dans son amour infini nous fait. Du style :

« Sentez vous aimés vous aussi, car Dieu vous aime

comme si  

vous étiez de même nature que moi ».

Il me semble qu’il y a là une méprise d’une gravité extrême : Jésus n’est pas pris au sérieux. Jésus n’est pas cru. Ou bien, sa parole est comprise comme une sorte de métaphore gentille. Ou interprétée se référant à un éventuel « au-delà ». Ou, dans les meilleurs des cas, que sa parole concerne des êtres d’une exceptionnalité très exceptionnelle qui , grâce à l’intensité de leur Foi, et à la Grâce de Dieu, parviendront à s’arracher à leur misérable condition humaine. Mais ces interprétations sont sous-tendues par la « sage conviction », par « l’humble certitude », qu’une pareille Divine Royauté n’a rien à voir avec notre étroitesse et notre médiocrité à nous autres.

Or, ce que Jésus nous dit de dire, ce que Jésus tente de nous enseigner avec ces simples deux mots – « Notre Père » – vient pulvériser, anéantir, liquider, toutes ces interprétations douteuses, qui installent des barrières d’un cristal infranchissable entre nous et « Notre Père ». Ces interprétations douteuses, sous des saintes apparences, s’opposent frontalement à ce que Jésus – avec une clarté absolue – nous enseigne :

Notre Père.

Ces deux mots sont l’Alpha et l’Oméga : ils posent le point de départ, notre véritable nature ignorée, de fils prodigue exilé de notre Divine Royauté immanente, mais aussi le But a atteindre, la Finalité, le Sens spirituel de l’existence : le travail et le défi héroïque pour la dé-couverte de notre véritable nature, notre dignité immanente. Ce travail, pour l’immense majorité des humains, ne peut pas se faire, ni produire des fruits, sans :

  • un Maître digne de ce nom qui enseigne
  • un Enseignement authentique qui guide dans ce chemin de dé-couverte
  • une consécration sincère et des efforts persévérants
  • les bénédictions, et la Grâce, qui accompagnent nécessairement un tel Maître et un tel Enseignement

Croire en Jésus, c’est avant tout croire en Sa Parole

« Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu… Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire… » (Jean, 1.1). 

Lorsque Jean ajoute à ce texte :

… »la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité »

Il se montre aveuglé par le rayonnement et la puissance spirituelle de Jésus, au point qu’il souffre d’amnésie. Car dire que Jésus est le Fils unique de Dieu, c’est s’opposer frontalement à l’ensemble de l’enseignement de Jésus. C’est s’opposer frontalement au texte qui résume son enseignement.

C’est s’opposer frontalement aux deux mots fondateurs : Notre Père.

C’est prétendre savoir plus et mieux que Jésus lui-même.

Mais le plus grave est ailleurs :

C’est faire disparaître Jésus dans ce qui était en son temps sa condition première et ce qu’il ne cesse de revendiquer en permanence : c’est faire disparaître Jésus en tant que Rabbi, en tant que maître et guide spirituel, dont la mission essentielle est de transmettre un enseignement capable de permettre à chaque homme d’accéder à sa nature essentielle, à sa divine royauté.

Mission essentielle : conduire, ramener les hommes au Père.

Leur expliquer comment faire pour faire ce chemin.

C’est ce que tout homme attend au fond de lui : qu’on lui dise comment faire pour aller vers le Père, pour aller vers le Royaume, c’est à dire pour se situer de plus en plus au cœur de soi, et pour progresser très concrètement vers le véritable bonheur.

L’équation Jésus = Dieu (lorsqu’elle est mal comprise) tue l’équation Jésus = Rabbi

Or Jésus a défendu mordicus la coexistence de ces deux conditions en lui.

A la fois : sa parfaite communion avec le Père.

A la fois : sa pleine condition d’enseignant.

La communion avec le Divin d’un être spirituel pleinement accompli, ne lui enlève pas, bien au contraire, sa condition d’enseignant, de guide spirituel, de maître, de rabbi. C’est le paradoxe de tout enseignement spirituel authentique. Un maître spirituel accompli, accède à un niveau de communion avec le Divin qui dépasse l’entendement ordinaire. Il est à la fois Un et à la fois Séparé, dans son rapport au Divin.

Je ne suis pas qualifié pour en faire des estimations de la sorte. Mais la possibilité existe que Jésus ait été l’être spirituel par excellence incomparable sur cette terre. Dans ce sens : celui dont la communion avec Dieu ait été la plus parfaite. A ma connaissance, le regard que portent sur Jésus les plus hautes autorités spirituelles bouddhistes et coraniques – et le Coran lui-même – indique cela. Jésus nous expose ce paradoxe : d’une part il nous dit être « Un avec le Père » (Jean 17.22), donc être en parfaite commune divinité, d’autre part « Le père est plus grand que moi » (Jean 14.28), donc être dans une différentiation par rapport au Père. C’est seulement un regard spirituel qui peut tolérer ce paradoxe. C’est seulement l’esprit de l’homme, la part de divin en lui, qui peut, au fur et à mesure de sa croissance, saisir peu à peu, progressivement, ce paradoxe sans en être troublé.


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